Visibilité
Bah oui, Le PageRank n’est pas mort
L’être humain est toujours attiré par la nouveauté. À une époque, on disait surtout que les jeunes regardaient vers l’avenir. Aujourd’hui, j’ai l’impression que tout le monde court après la prochaine nouveauté :)
Par Ridvan BEAU · Publié le
Pourtant, l’humanité ne repart jamais vraiment de zéro. Depuis des milliers d’années, nous avançons en empilant les expériences, les découvertes et les inventions. Certaines deviennent tellement banales qu’on finit même par oublier à quel point elles ont changé nos vies.
Prenez la fermeture éclair, le zipper. Une petite invention en apparence, mais qui a bouleversé les habitudes vestimentaires de la planète entière. Elle est toujours là, plus d’un siècle après.
L’informatique fonctionne de la même manière. L’invention de l’ordinateur a ouvert une quantité presque infinie de branches, de métiers et de recherches. Internet aussi. Et l’évolution de Google a fait naître toute une génération de métiers autour du référencement, du développement Web, de la sécurité, de l’analyse des données et de l’expérience utilisateur.
Mais derrière toutes ces évolutions, certaines idées fondamentales restent étonnamment solides.
Le PageRank en fait partie.
Dans cet article, je voudrais revenir à la logique la plus simple du référencement. Pas besoin, pour commencer, de parler de centaines de critères, d’intelligence artificielle ou d’algorithmes mystérieux.
Regardons simplement comment fonctionne la vie réelle.
Un quartier fonctionne déjà un peu comme le Web
Imaginez quelqu’un qui arrive pour la première fois dans votre rue.
Personne ne le connaît.
Vous, en revanche, vous habitez là depuis longtemps. Les voisins savent qui vous êtes. Le gardien de l’immeuble vous connaît. Le boulanger vous reconnaît. Le directeur de l’école du quartier connaît peut-être votre nom. Le syndic aussi.
Avec le temps, un réseau de confiance s’est naturellement créé autour de vous.
Cela ne veut évidemment pas dire que vous êtes plus intelligent ou meilleur que le nouveau venu. Simplement, votre existence et votre place dans ce petit environnement sont déjà connues et confirmées par d’autres personnes.
Et plus les personnes qui vous connaissent sont elles-mêmes reconnues dans le quartier, plus cette reconnaissance peut avoir du poids.
C’est là que l’on commence à comprendre la logique du PageRank.
Imaginons maintenant que chacun possède un site Internet.
Le site de la mairie n’aura naturellement pas le même poids que le petit site personnel du gardien de l’immeuble. Si la mairie, l’école, une association connue et plusieurs commerces du quartier parlent tous de la même personne ou du même établissement, cela commence à constituer un signal.
Sur le Web, les liens jouent en partie ce rôle.
Un lien n’est pas seulement une adresse permettant de passer d’une page à une autre. Il peut aussi être compris comme une forme de recommandation, de citation ou de reconnaissance.
Évidemment, tous les liens ne se valent pas.
C’est justement là que le PageRank devient intéressant.
Le PageRank n’est pas une simple histoire de quantité
Une erreur classique consiste à penser :
« Plus j’ai de liens, mieux je suis référencé. »
Ce serait beaucoup trop facile.
Reprenons notre quartier.
Si cinquante personnes totalement inconnues affirment soudainement que vous êtes le meilleur médecin de Paris, cela ne signifie pas grand-chose.
Mais si votre nom apparaît sur le site d’un hôpital reconnu, d’une faculté de médecine ou d’une institution publique, la nature de la recommandation change complètement.
Sur Internet, c’est pareil.
L’origine du lien compte. Le contexte compte. La page qui fait le lien compte. Les autres liens présents sur cette page comptent également. Et Google a énormément fait évoluer cette logique depuis les premières versions du PageRank.
C’est pourquoi acheter des milliers de backlinks sans réfléchir n’a jamais été une stratégie durable.
Ce qui compte, c’est la cohérence du réseau.
Pourquoi le PageRank est loin d’être mort
Depuis des années, on voit régulièrement apparaître le même genre de titre :
« Le PageRank est mort. »
Puis le SEO serait mort.
Puis les backlinks seraient morts.
Puis Google serait mort.
Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, on recommence exactement la même histoire.
Sauf que le PageRank n’a pas disparu.
John Mueller, de Google, l’a confirmé explicitement : Google utilise toujours le PageRank en interne, parmi de nombreux autres signaux. Il précise également que le système actuel n’est plus exactement celui décrit dans l’article fondateur des années 1990. Il a évolué, ce qui est parfaitement logique.
C’est une distinction importante.
Dire que le PageRank existe encore ne signifie pas que Google classe aujourd’hui les pages avec la formule de 1998 et rien d’autre.
Google utilise énormément d’autres signaux, parfois beaucoup plus importants selon la recherche.
Mais la logique fondamentale du graphe du Web, des liens et de l’importance relative des pages n’a pas été jetée à la poubelle.
Et puis il y a eu la fuite de 2024
En 2024, une importante documentation interne liée aux API de Google Search s’est retrouvée publiquement accessible.
Il faut être précis ici : ce n’était pas le code source de Google Search.
Mais cette fuite a tout de même donné accès à des milliers d’éléments décrivant des systèmes et attributs internes de Google. Google a ensuite confirmé l’authenticité des documents.
Et parmi ces documents apparaissaient différentes références à des variantes ou métriques liées au PageRank.
Pour quelqu’un qui suit le référencement depuis longtemps, ce n’était finalement pas tellement surprenant.
Le PageRank avait changé de forme, évolué, été complété par énormément d’autres systèmes, mais ses descendants étaient toujours là.
C’est un peu comme les fondations d'un vieil immeuble parisien : vous pouvez refaire les appartements, ajouter la fibre, installer un ascenseur et refaire entièrement la façade. L’immeuble n’a plus grand-chose à voir avec celui d’origine.
Mais les fondations sont toujours en dessous.
Le « Reasonable Surfer » : tous les liens ne sont pas égaux
Cette évolution est d’ailleurs particulièrement intéressante.
Dans le modèle historique très simplifié du PageRank, on pouvait imaginer un internaute passant d’un lien à l’autre presque au hasard.
Mais dans la vraie vie, personne ne clique de cette manière.
Un énorme lien placé au milieu d’un article n’a probablement pas la même importance qu’un petit lien « Mentions légales » caché tout en bas de la page.
Un lien parfaitement intégré dans un paragraphe consacré à votre sujet n’a pas non plus le même sens qu’un lien perdu parmi 300 autres.
C’est tout l’intérêt des évolutions souvent associées au modèle du Reasonable Surfer : essayer de se rapprocher davantage du comportement plausible d’un véritable internaute.
Encore une fois, on revient à quelque chose de très humain.
Être connu ne suffit pas, il faut encore être vivant
Il y a également un autre point que l’on oublie souvent : le Web bouge en permanence.
Des sites disparaissent.
Des entreprises ferment.
Des domaines expirent.
Des pages changent d’adresse.
Des serveurs tombent en panne.
Des contenus qui étaient pertinents il y a dix ans ne le sont plus forcément aujourd’hui.
Les moteurs doivent donc continuellement revisiter une quantité gigantesque de pages pour savoir ce qui existe encore, ce qui a changé et ce qui mérite d’être réexploré.
Et cela coûte énormément d’argent.
Il faut des datacenters, de la bande passante, du stockage, des systèmes capables de crawler et d’analyser des milliards de documents.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles il est extrêmement difficile de construire aujourd’hui un moteur de recherche généraliste capable de rivaliser réellement avec Google ou Bing.
Il ne suffit pas d’avoir un bon algorithme.
Il faut être capable de parcourir le Web.
Encore et encore.
Revenons dans notre quartier
Dans la vie réelle, c’est finalement assez proche.
Une personne qui habitait votre quartier il y a vingt ans mais dont personne n’a plus entendu parler n’aura probablement plus la même présence dans les conversations quotidiennes.
À l’inverse, le boulanger que vous croisez chaque matin est toujours là.
Son commerce ouvre.
Les gens entrent.
Ils parlent de lui.
Son activité existe réellement.
Sur Internet, votre site doit lui aussi montrer qu’il est vivant.
Il doit répondre correctement.
Ses pages doivent être accessibles.
Ses liens doivent fonctionner.
Son contenu doit évoluer quand cela est nécessaire.
D’autres sites doivent pouvoir le citer.
Google revient, vérifie, recalcule, compare.
Comme dans un quartier, on finit surtout par parler de ceux qui sont présents :)
Et c’est peut-être la meilleure manière de comprendre le PageRank : non pas comme une vieille formule mathématique poussiéreuse, mais comme l’une des premières tentatives réussies pour reproduire sur le Web quelque chose que les humains font depuis toujours.
Observer qui connaît qui, qui recommande qui, et surtout quelle confiance accorder à cette recommandation.